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MACEO PARKER
"WE WANT U 2 BLOW !"
L'INTERVIEW

Suite de l'hommage pour ses 60 ans
En plus du dossier spécial, voici l'interview avec l'aide gracieuse du mag. TYLER :)
Maceo Parker, le nom, la signature, le sax le plus funky qui puisse exister.
Rentré faire ses classes chez James Brown, il en ressortira auréolé par la marque sacrée des JB's pour être ensuite happé par la nébuleuse P. Funk, du Parliament de George Clinton en passant par le Rubber Band de Bootsy Collins pour lequel il jouera les "Horny Horns". Pas forcément lassé du rôle le side man lorsqu'il décide de voler de ses propres ailes, mais il n'est plus alors l'ex-sax de qui que ce soit, il est Maceo Parker et balance, en 90/91 un gauche droite qui met tout le monde d'accord : Roots Revisited, puis Mo'Roots, confortent les fans, ravissent les curieux et font taire les mauvaises langues (ou presque).
Un bon nombre d'albums plus tard, en solo ou en guest; parfois surprenants ( Keith Richards, Ani Di Franco ), souvent réussis (Fred Wesley, Prince ), mais pas toujours ( Dee Lite ); il demeure un personnage à la dimension historique, celle d'une des matrices originelles du groove.
Mais il est surtout une icône à la gloire de la négritude,
le MC de célébrations définitivement blacks, et pourtant
tellement universelles, véhiculant ses trois valeurs essentielles:
peace love and harmony. Pour le reste, "Let's have a party!!" Et
vous pouvez leur faire confiance, à lui et à son gang, pour
délivrer un show imparable qui va vous exploser et vous filer plus
d'énergie que 1000 benies réunies.
C'est là toute la magie, mais aussi l'aspect le plus frustrant du personnage,
car aussi bons soient ses disques studio; son tout dernier Made By Maceo propose
quelques pépites funk (Off The Hook, Those Girls, Quick Step ) qu'il
est impossible de refuser; ils ne pourront jamais rendre compte de ce qu'est
Maceo Parker sur scène, quant à ses lives, rares sont ceux qui
restituent l'intensité de ses performances, Maceo et son sax, le "serpent
qui danse", contorsions, tournoiement funky, fait d'une multitude de
phrases courtes et percutantes qui téléportent dans une sphère
de pur plaisir.
Des phrases comme celles qu'il joue, entre chaque interview, dans un des salons de l'hotel Lutetia, histoire de se détendre, la joie pour nous qui attendons. Nous nous installons alors que, courbé en deux, le saxophoniste égraine d'ultimes trilles, avant de nous rejoindre, franche poignée de main. Il s'asseoit, inamovibles Ray Ban sur le nez, et d'un hochement de tête nous fait comprendre qu'il est prêt.

Tyler : Nous avons pu écouter ce nouvel album, Made By Maceo, la première impression c'est qu'il sonne comme un enregistrement live, fut-il enregistré live dans le studio ?
Maceo Parker : En fait on a d'abord enregistré toutes les sections rythmiques sur tous les titres, je me tenais devant eux et je dirigeais, alors ils pouvaient visuellement rester "branché" sur le groove, et ils pouvaient aussi m'entendre car nous avions une mélodie enregistrée, pour nous servir de guide et que nous coupions quand nous n'en avions pas besoin. Et après nous avons rajouté les voix, les cuivres et les solos. Alors oui, dans l'idée c'est "live", mais d'un autre côté ça ne l'est pas, ce n'est pas comme sur scène.
T : Essayez-vous de coller le plus possible à ce que sont vos performances scèniques, quand vous enregistrez, où tentez-vous quelque chose de différent ?
MP : Non non. Les gens connaissent et aiment ce que nous faisons, alors
nous continuons de le faire. Il n'y a pas de raison de changer, car j'ai établi
un style que les gens apprécient, vous pouvez changer légèrement
dans une
direction ou une autre, mais pas envisager un changement trop important. En
gardant cela à l'esprit, c'est très facile de créer quelque
chose de nouveau, car c'est presque une continuation de mes anciens titres.
Certains sonneront un peu de telle manière ou de telle autre. C'est
nouveau parce que c'est la première fois que je chante Come By And
See ou Those Girls mais ça demeure funky comme Elephant's Foot ou Shake
Everything You've Got, c'est la même chose. Mais ça demeure excitant
car c'est toujours de la création, c'est un peu comme un nouveau membre
de votre famille. Vous avez fait tellement de CDs, mais là vous allez
en avoir un nouveau, puis un autre et un autre, mais le battage publicitaire
concerne le dernier que vous ayez fait. J'essaie de faire une musique pour
que les gens se sentent bien, une musique joyeuse, heureuse, dansante, une
musique pour faire la fête ensemble, peace and love. Parce que quand
vous entendez cette musique, vous vous sentez bien! C'est de la musique pour
le fun, c'est ça l'idée.
T: Sur Dial Maceo, Simply Tooley ou Black Widow donnaient l'impression que vous tentiez des morceaux faits seulement pour le studio, sans nécessairement penser à devoir les jouer en concert par la suite.
MP : Nous avons joué Black Widow.
T: Oui, mais vous avez remanié le morceau, pour que la fin sonne très heavy funk.
MP: Rien ne dit que je doive le jouer exactement comme je l'ai enregistré, j'ai la liberté de changer, si je le sens comme ça. C'est aussi guidé par le fait que les gens s'attendent à ce que je joue... tel ou tel titre, je suis libre alors de changer la fin d'un morceau, pour...
Il marque une pause hésitante, puis se disant qu'une démonstration
vaut mieux qu'un long discours, Maceo; pour nous montrer la nécessité
qu'il y a, à modifier certains titres pour pouvoir les enchaîner
et moduler le show
selon l'humeur du moment; tape alors un steady beat sur ses cuisses et enchaîne,
en chantant la mélodie, Black Widow - Those Girls - BlackWidow - Got
To Get You - Elephant's Foot - Black Widow. OK, on a compris.
MP: Et souvent je suis pris par le temps, si ma manager me dit "Quoi qu'il arrive, il faut que tu aies fini à telle heure", quelle que soit la raison. Je dois raccourcir ou rallonger un peu le show.
T: C'est la raison pour laquelle vous avez cet énorme réveil, posé au pied de votre micro ?
MP: Oui, comme ça je peux garder un ¦il sur l'horaire, et je sais quand je dois stopper tel titre, si je veux encore pouvoir jouer tel ou tel autre.
T: C'est impressionnant lorsque l'on vous voit sur scène, cette facilité que vous avez pour passer d'un titre à un autre. Vos musiciens doivent être vraiment obsèdés par les signes que vous pouvez leur donner. Comment comprennent-ils les breaks, enchaînements et changements que vous aller faire l'instant suivant ?
MP: Il y a différents signaux, parfois ma position sur scène est un signal. Si je me déplace ça peut être un signal ou bien je peux encore leur dire de vive voix.
T: Votre fils rape sur cet album, comme il l'a déjà fait sur Funk Overload et Dial Maceo. Avez-vous en projet, de faire un album complet tous les deux ?
MP: Non, ce n'est pas prévu, ce qui ne veut pas dire que nous ne le ferons pas. De toute façon je ne prévois jamais rien, ce qui doit arriver, arrive. C'est un concept que j'aime car si rien ne se passe, il n'y a pas de déception, on se laisse porter par le cours des évènements. Quand le moment sera venu, nous le saurons tous les deux, nous le sentirons.
Texte : L. Beauvilin.
Pics : G. Chabaud .
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