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MACEO
PARKER
L'éternel ténor
Interview
Mars 2005

Photo © Willy Huvey
Oui, ce grand monsieur est déjà rentré dans l’histoire de la musique noire. Il est là depuis longtemps et pour longtemps encore.
Né en 1943, ce saxophoniste a joué un rôle essentiel dans la musique de James Brown dans les années 70. En parallèle, il a également suivi une carrière solo chez Polydor. En 1974, James produisait son album intitulé "Us", sur lequel figure le hit "Soul power 74". En 1975, il enregistre le titre "Cross the track (we better go back)", écrit par James.
Il travaille aussi avec George Clinton et Bootsy Collins. Puis il arrive sur le label 4th & Broadway et collabore avec le bassiste et Bill Laswell sur les titres "Let 'em out" et "Sax machine" qui sortent en 1990. La décennie qui débute alors sera encore celle du succès. Ses albums seront constamment dans les meilleures ventes.Comme beaucoup de ses contemporains, Il a commencé la musique à l’église : ses parents chantaient dans des chorales gospel. Avec ses frères Kellis et Melvin, il choisit de devenir musicien. Melvin choisit la batterie, Kellis le trombone et Maceo le saxophone. Bien avant Maceo, c’est Melvin qui attire l’attention de James Brown. Il obtient une place dans le groupe du Godfather. Très vite, il introduit Maceo dans le groupe et James Brown lui offre la place de sax bariton.
Mais c’est comme saxophoniste tenor que Maceo va se faire connaître grâce à ses solo sur les titres "Papa’s Got A Brand New Bag", "I Feel Good", "Cold Sweat" et "Sex machine". Il devient un pilier du groupe, une figure emblématique indispensable.Entre 1970 et 1973, il s’offre un break et quitte James Brown. Avec quelques musiciens du groupe, il forme Maceo And All The Kings Men : Deux albums verront le jour. Il revient avec James en 1973. Mais, un peu plus tard, c’est avec le Bootsy Collins et le tromboniste Fred Wesley qu’il travaille au sein de Parliament, sur la demande de George Clinton. Cette collaboration durera sept années. Après quelques enregistrements réalisés au sein du P-funk, Maceo décide d’une carrière solo. On peut alors parler d’un véritable tour de force. Réussir un parcours solo après tant d’années dans l’ombre du géant de la soul n’était pas chose aisée.Dans les années 80, il forme les groupes Maceo and The Macks et Maceo and The Horny Horns. Il multiplie les apparitions comme celle, marquante, de 1988 aux côtés de Cameo avec Miles Davis. ("In The Night", 1988). Toute la jeune génération funk qui n’a pas connu sa période JB's découvre le musicien. L’artiste traverse le temps et touche une autre génération.
Il enregistre à nouveau avec James Brown. En 1990, il sort l’album "Roots Revisited" sur le label Verve. Cette œuvre lui rapporte le titre de meilleur musicien jazz de l’année. Un an plus tard sort "Mo’ Roots" sur le même label. Mais c’est son troisième opus qui aura le plus gros succès commercial, encore aujourd’hui. En effet, "Life on Planet Groove", enregistré à Cologne en Allemagne en 1992 est l’album le plus vendu de l’artiste. En 1994, il arrive sur le label Jive pour le disque "Southern Exposure". Il passera le reste de la décennie sur les routes du monde entier en tournée pour exploiter sa formule, mélange de funk avec une touche de jazz.
Les artistes acid-jazz anglais ainsi que des rappers comme les De La Soul participent à son prestige en le maintenant bien vivant dans le cœur et dans les oreilles de milliers de jeunes. Le son live de Maceo plaît et ses concerts sont complets partout en Europe. Les DJ jouent beaucoup ses titres ainsi que ceux des JB’s. A cette époque, et pour ces raisons, il décide de reformer les JB’s Horns avec Pee Wee Ellis et Fred Wesley. Pour la fin des années 90, c’est le label Cream, distribué par Sony qui s’occupe de l’artiste. Avec "Funk Overload", il revisite les grands classiques soul de Marvin Gaye, Rufus et Sly Stone. Il part également en tournée avec le Dave Matthews Band.Puis c’est la rencontre avec le génie de Minneapolis. A cette époque, Prince n’est pas au mieux de sa forme. Fâché avec Warner, il égrène les salles avec la chanteuse Chaka Khan et Larry Graham, le roi de la basse slappée. Prince est charmé par l’énergie communicative du saxophoniste et l’invite à jouer en club. L’année suivante, les deux musiciens enregistrent ensemble sur leurs albums respectifs, "Rave in2 the Joy fantastic" et "Dial Maceo". Parker fait désormais parti de la galaxie princière. A ce titre, Il est régulièrement mis à contribution. En 2002, il devient membre à part entière de son groupe, The New Power Generation. Prince le charge de chapeauter son nouveau trio de cuivres composé de Greg Boyer, tromboniste et ami de Parker, et de la saxophoniste Candy Dulfer.
Tout se beau monde part sur la route jouer "The rainbow children", le nouvel opus jazzy du Nain pourpre. Comme James Brown en son temps, Prince s’appuie habilement sur le jeu syncopé de Maceo. La tournée One Nite Alone triomphe dans le monde entier.

Photo © Mr Daïto
LA RENCONTRE
FONKADELICA : Maceo, bonjour. Beaucoup de vos fans s’inquiètent de votre état de santé : Comment allez-vous ?
MACEO PARKER : Et bien, j’ai un cancer de la prostate… Mais j’ai un suivi sérieux et régulier. Les généralistes m’ont dirigé vers des spécialistes qui m’ont conseillé une intervention chirurgicale. Là, je me suis demandé si je devais le faire, vu la gravité de la situation. Ma décision a été prise mais nous avons un problème de planning, les médecins et moi ! J’ai dû refusé la première date à cause de ma tournée. A la deuxième, toujours pas possible. Ca devrait se faire dans deux semaines. C’est impressionnant leur méthode pour préparer ce genre d’intervention.
Alors vous serez prêt pour la sortie de ce nouvel album ! Vous jouez depuis quarante ans et votre carrière est un exemple. Où trouvez-vous l’inspiration pour un nouvel album ?
J’adore la scène et j’aime tout autant la musique. Je crois que nous en avons tous besoin en tant qu’individu. La musique, la scène, comme tout les arts, sont là pour nous aider, pour changer nos humeurs, nos émotions. C’est une aide pour affronter la vie. Lorsque je suis sur scène, particulièrement lors de festivals regroupant plusieurs artistes, et que je voie tout ces gens heureux, dansant toute la journée, ça me rend heureux. Politique, religion…Tout cela est effacé. Il n y a plus de différence et tu le sens sur scène et c’est bon ! C’est ce que j’aime et c’est ce qui me pousse à continuer. C’est mon inspiration. Mon dieu ! Si toute cette planète pouvait faire la fête en même temps !… J’essaie de capter ça, cette énergie.
C’est pour cette raison que vous prenez autant de plaisir aujourd’hui qu’à vos débuts ?
Absolument ! Avec le temps, j’observe combien la musique apporte du bonheur dans les foyers. Mais, c’est surtout le funk qui est bon pour la fête. Le jazz est plus cérébral, pour l’écoute, l’observation. Mais le funk vous ordonne la fête ! J’aime ça !
Est-ce pour cela que votre musique est souvent à la frontière des deux genres ?
Oui, mais je l’appelle quand même "funky music" (éclat de rires) et je ne m’éloigne jamais du groove même lorsque je fais du jazz.
Quelles sont les différences entre Maceo en solo et Maceo avec d’autres comme… Prince, par exemple ?
Quand je joue, c’est toujours du Maceo ! La différence est de savoir passer du statut de leader à celui de membre d’un groupe. Commander ou être commandé… Mais c’est aussi comme partir en vacances et rentrer chez soi. Tu es content de partir mais tu es aussi toujours heureux de rentrer. Mais je fais toujours attention à deux choses : Sonner funky et prendre du plaisir, quelque soit la situation.
A plusieurs reprises dans votre carrière, vous avez créé vos groupes, pourquoi ? Vous auriez pu rester en solo.
Oui… Mais pense à ceux qui voyagent toujours sur les sièges arrières en voiture. Parfois, ils restent à l’arrière pendant des années et puis, un jour, ils décident de passer leur permis. Lorsque tu es à l’arrière, si tu es curieux, tu vas observer, apprendre à te comporter suivant les situations… Ce qu’il faut faire et, surtout, ce qu’il ne faut pas faire. Et puis, un jour, naturellement, tu te sentiras bien seul mais tu seras également bien pour montrer aux autres.
Aujourd’hui, vous apprenez encore ?
Pas vraiment. Les choses sont installées…Du café, c’est du café, c’est invariable et tu n’aimes pas être décu au moment du café. Maceo, c’est pareil ! Du Maceo, c’est du Maceo et tu n’aimes pas être déçu par son goût, sa saveur. Mais rien n’empêche de surprendre et ça arrive encore. C’est arrivé récemment avec Prince qui a été surpris par ma façon de jouer un titre un jour par rapport aux fois précédentes. Avec cette méthode, tu traverses le temps et les générations. C’est grâce à cela que j’ai retrouvé une fan à un concert, venue avec son fils de 20 ans. Elle était venue me voir avec son fils lorsqu’il n’en avait que huit et elle l’a appelé Maceo ! Ils sont là aujourd’hui parce que je n’ai pas déçu.
C’est un peu comme nous qui vous avons découvert sur un album de Cameo en 1988. Nous sommes là aujourd’hui…
Ah oui ! Fred (Wesley, ndlr) a aussi joué sur cet album et John Blackwell, le batteur de Prince, a aussi joué avec Cameo. Il est fantastique, incroyable, ce jeune Blackwell. Vous avez vu cette façon de jouer, de jongler, avec les baguettes. Il est vraiment bon, incroyable !
Quoi de neuf sur cet album ? Quelque chose de différent ou juste le plaisir de jouer ?
Le plaisir de jouer. C’est mon groupe et "School’s In !" s’inscrit dans la continuité de notre travail ces dernières années. Tout est facile. Nous savons tous de quoi nous sommes capables et la complicité est là. Ca ne sonnerait pas pareil si je travaillais avec des étrangers. Ce sont de bons musiciens et le feeling qui passe entre nous transpire aussi dans notre musique.
Vous les choisissez comment d’ailleurs vos musiciens ? Bruno Speight, par exemple, a joué avec SOS Band, Alexander O’Neal et de nombreux autres. Comment se retrouve t-il avec vous ?
Il est de ma ville natale. Mais il voyageait beaucoup et jouait beaucoup également. Et puis, un jour, il a émis le souhait de jouer avec moi. Nous en avons discuté. J’aime sa façon de jouer. La vérité est que j’aime mes musiciens parce qu’ils sont bons techniquement et surtout humainement. J’ai appris ça de George Clinton. Hayes, du groupe NPG est comme ça. Il sait où je veux aller, il est très intuitif.
Pourquoi ce titre, "School’s In" ?
En fait, je dois ce titre à Prince. C’est une expression qu’il a employé lorsque Candy Dulfer, Greg Boyer et moi avons commencé avec lui. "School’s In !", c’est ce qu’il a dit ! Cela signifiait : " Nous allons jouer ensemble mais soyez attentif comme un jour de rentrée des classes. Jouez mais soyez attentifs ! Vous êtes tous bons mais cela ne vous empêche pas d’être attentifs". La reprise du standard "ABC" est aussi là pour faire le lien avec le titre de l’album. J’étais sûr que cette reprise allait sonner funky ! Avant même de l’enregistrer, je le savais. C’est un des privilèges des musiciens, un luxe, nous entendons des choses avant qu’elles n’arrivent… (et Maceo se met à chanter et mimer son jeu)
Maceo, avez-vous des regrets ?
Je garde toujours un espace, une place pour des projets laissés en suspend… Avec cette démarche, tu ne peux pas avoir de regrets. Cela peut concerner des idées à venir mais non réalisables par manque de temps, soit des projets commencés mais inachevés. Stevie Wonder, Janet Jackson, Eddie Murphy ont fait appel à moi. Il y a aussi eu des projets de B.O. Tout cela n’est pas arrivé mais peut être un jour, qui sait ?
Propos recueillis par Christophe Augros
Une nouvelle tournée française est prévue en octobre/novembre 2005
Liens
>> Dossier spécial (biographie, discographie, interview 2003)
>> Maceo.com
>> Maceo.fr
>> Funky-Stuff.com