Quelques semaines avant son concert parisien du 1er décembre, pour lequel il s'est fait accompagner par les Français de Café Crême [la formation de Martin Smith, l'auteur de notre dossier afrobeat], l'artiste israëlien auteur en 2007 d'un premier album alliant afro funk, électronique et psychédélisme [cf chronique ci-dessous] répondait à quelques questions de notre cru.
FONKADELICA : Quels sont tes débuts dans le monde de la musique ?
KUTIMAN : L'histoire commence il y a environ sept ans quand j'ai quitté mon village du nord d'Israel pour m'installer à Tel Aviv. J'en connaissais très peu sur le funk, le groove, l'afrobeat avant ça, puis j'ai été invité à jouer avec Anikuku, une formation locale d'afro funk, qui m'a initié aux joies de ce types de musiques en live. Sabbo était le dj-programmateur du groupe et j'ai commencé à travailler en duo avec lui après quelques sessions. Nous faisions du reggae/dub, ce qui nous a amenés à voyager en Jamaîque, puis je me suis mis à écouter énormément de classiques des années 70 à mon retour, quelque chose de totalement nouveau pour moi et qui a abouti au projet Kutiman.
Y a-t-il une scène "groove" dans ton pays ?
Il y en a une principalement à Tel Aviv oui, nous avons des talents incroyables, à la fois chanteurs et musiciens, mais le problême est que c'est trop petit ici pour vivre de la musique, donc la plupart d'entre eux espèrent quitter Israel un jour. Si tu cherches avec suffisamment d'acharnement tu peux trouver tous les types de musiques que tu veux ici, mais le funk n'atteint jamais la place publique.

Tu as découvert James Brown et Fela Kuti il y a quelques années, mais quelles étaient tes influences auparavant ? Et quels artistes apprécies-tu aujourd'hui ?
Avant d'entendre tous les grands classiques, j'étais à la merci des musiques diffusées en radio, la plupart ennuyeuses et rébarbatives. C'était avant la révolution d'Internet et il n'y avait ni disquaire ni club, no groove where I come from... Le premier morceau entendu en radio qui m'a retourné était "Yeke Yeke" de Mori Kanté. Je devenais fou à chacun de ses passages et j'ai réalisé des années plus tard que c'est par ce biais que j'ai expérimenté le groove pour la première fois.
James Brown et Fela Kuti sont devenus par la suite mes plus grosses influences mais j'admire aussi Bobbi Humphrey, Jimmy Smith, Cymande, Soft Machine, Marc Moulin, David Axelrod, Shuggie Otis, King Crimson et bien d'autres. Je ne suis pas un spécialiste des noms, je sais simplement que ces artistes me procurent un même sentiment de plaisir.
Peux-tu nous en dire plus sur ceux qui apparaissent sur ton disque, Elran Dekel, MC Karolina et Chaka Moon ?
Je dois d'abord dire que j'ai été béni de les connaître tous les trois, je les adore au vu de leur talent fou. Elran Dekel est le chanteur de Funk'N'Stein, le meilleur groupe de funk israelien. Karolina a une voix incroyable, c'est une énorme bosseuse, elle fait partie du projet folk Banot Nechama -qui est l'album le plus vendu dans mon pays cette année- et de celui reggae de Funset. Chaka Moon enfin est le bassiste la plus funky que je connaisse, il distille du funk psyéchédélique en hébreu, pour lequel j'ai été ravi d'animer un clip vidéo.
Ça me fait bizarre de vanter la talent de mes amis mais ils sont vraiment singuliers. Je vous invite chaudement à les écouter.


Une affiche du groupe Funk'N'Stein, et la chanteuse Karolina
Tu as passé du temps en Jamaîque où tu as rencontré Damian et Stephen Marley, quels sont tes souvenirs de ce séjour ? Composeras-tu du reggae à l'avenir ?
La Jamaîque a été pour moi la meilleure école musicale que je pouvais espérer en terme de reggae. Ça a été l'expérience la plus significative de ma vie, j'avais 21 ans et au contraire de la vision que j'en avais -le cliché carte postale-, ça a été une dure période qui m'a appris beaucoup sur moi-même. J'ai eu la chance de travailler avec beaucoup de musiciens, issus de la jeunesse des rues comme de l'élite du reggae. Je suis en train de conclure un disque reggae avec Sabbo, dont la majorité a été enregistré dans une bicoque au milieu de la jungle, et qui parcoure différents genres liés à cette musique.
Quels sont tes projets ?
Amener le projet Kutiman sur scène avec mon groupe, travailler sur un nouvel album, publier la musique que je compose avec Sabbo, et réfléchir à la suite.
Propos recueillis par Boogie Bass
LIENS COMPLÉMENTAIRES
Page Kutiman sur le site du label [Melting Pot Music]
Blog incluant ses titres en écoute
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Chronique de "Kutiman"
[Melting Pot Music/La Baleine 2007]

Quand pour la première fois j’ai entendu le nom de Kutiman, je n’ai pu m’empêcher de penser au roi Fela. Je me suis dis qu’il fallait avoir un sacré culot pour avoir choisi un tel pseudonyme ! Mais après quelques recherches je me suis rendu compte qu’il n’en était rien et que « Kuti » était tout simplement le surnom naturel de tous les membres de sa famille, et que ce jeune Israélien de 25 ans du nom de Ophir Kutiel, n’avait entendu parlé du Maître de l’afro beat que cinq ans auparavant ! Il y’a tout de même des coïncidences bizarres parfois !
Avouons le, l’Israël n’est pas spontanément un pays auquel on pense, lorsqu’il s’agit de musique. Ophir pourtant bien qu’étant né dans la partie nord plutôt rurale de l’Israël va dès l’âge de 6 ans commencé à jouer du piano. Il complétera cette pratique quelques années plus tard par celle de la batterie et de la guitare. Mais c’est surtout son entrée à l’université de Tel Aviv, l’écoute des radios campus, et sa rencontre avec Ronen Sabbo (aka Dj Sabbo) qui vont être un véritable révélateur pour lui et l’emmener vers des contrées musicales jusque là inexplorées. Il va découvrir entre autre Fela mais aussi James Brown, deux influences essentielles pour lui; parmi tant d’autres ceci dit.
Car en effet loin d’avoir crée un album qui serait un ersatz de ses mentors, Kutiman s’est plutôt inspiré des différents courant musicaux qui créent son univers : funk et afro-beat donc mais aussi rock psychédélique, musiques électroniques... Un melting pot musical qu’il sait mélanger avec brio ! Les sonorités funk sont souvent présentes donc sur son 1er opus comme sur l’instrumental d’introduction « Bongo fields », le très bon raw funk « Music is ruling my world » avec aux chants la fabuleuse Karolina (une voix hybride entre Alice Russel et Björk !) dans un refrain entêtant ou encore l’excellent « No groove where i come from ». Ce dernier à mi-chemin entre sonorités afro, esprit JB’s et final psychédélique à tomber par terre, premier single de l’artiste sorti en 2005, a été le détonateur de sa carrière en se faisant remarquer par Gilles Peterson, Diplo & Rosko (de Jazzanova) mais surtout le label qui allait le signer : Melting Pot Music. L’esprit afro-beat lui se retrouve beaucoup dans les rythmiques très saccadées avec parfois des effets de saturation comme sur « No reason for you », « Losing it » ou « Chaser ». Mais les ambiances savent se faire aussi plus feutrées et plus introspectives comme sur « Take a minute », « I just wanna make love to you » (qui me fait penser à du Cinématic Orchestra), ou « Once you’re near me ».
Album difficile à décrire par sa richesse et sa diversité, pas forcément facile d’accès au premier abord, il s’apprécie sur la longueur et un peu comme un bon vin tout en subtilité, saura se faire aimer des connaisseurs ! Pas très loin d’un touche à tout comme Jimi Tenor, Kutiman, nous laisse explorer son univers, avec sincérité et avec fraîcheur, sans se soucier des étiquettes. Pour un premier album en tous cas c’est une réussite et on peut déjà parier que sa carrière ne s’arrêtera pas là et prendra de l’ampleur, le temps de la maturité venue ! Boogie Bass [18/10/2007]
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