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JAMES BROWN
UN MYTHE A BROOKHAVEN, NEW YORK LE 29 AOUT 2003

© photos Fouzia B
Il est 13h ce vendredi 29 août. Dernier "casual friday" de l'été. C'est aussi le week-end dit du "Labor Day", fête nationale americaine. Je quitte le bureau en trombe. Et arrive tant bien que mal a sortir du traffic monstre de Manhattan Centre. Direction : Brookahaven, petite localite de Long Island, à deux heures Est de New York city.
C'est
la, dans l'amphithéâtre en plein air qui peut contenir dans les
10000 personnes, que se produit ce soir James Brown. Le cadre de cet endroit
buccolique, voire intimiste, peut paraitre inattendu pour un tel évenement.
C'est cependant un lieu qui accueille des mega-artistes tout le long de la
saison estivale. En premiere partie ce soir, le
groupe " Kelly's project", un groupe funk local qui monte.
Une
fois sur place, je cotoie une foule metissée et hétéroclite.
L'essence même du concept Brown. Tous les âges et styles vestimentaires
sont representés. J'apercois des gens en chaise roulante, des personnes
agées avec leur canne s'avancant difficilement vers leur siege, des
adultes qui rient et parlent fort. L' atmosphere est joyeuse et tres bon enfant.
"La dernière fois que je l'ai vu se produire, c'était il y a vingt ans en Caroline Du Nord." me confie une spectatrice, la voix voilée d'émotion. Trois jeunes dont le plus âge ne doit pas avoir quinze ans, s'émerveillent:"J'y crois pas, man!' s'exclame l'un d'eux, surexcité "James Brown, en personne !"
C'est là que l'expression "marquer des générations" prend soudain corps. Loin du foin médiatique habituel, je me rends compte d'une verité absolue : on a beau dire tout ce qu'on veut sur le caractère irascible de l'homme, l'artiste James Brown a réussi, male volle, à toucher un public multigénerationnel et multiculturel. Son influence sur son siècle est inquantifiable.
Vers 20 heures, alors que l'amphithéâtre est plein à craquer et que le ciel se couvre, les "Kelly's Project" debutent leur show. Ils se révèlent être une excellente surprise. Leur son n'est pas sans rappeller les JB's . Le saxophoniste Marino Bragino se révèle un digne heritier du vibrant Maceo Parker, ce qui n'est pas peu dire. Le line up est d'ailleurs calqué sur l'actuel Maceo Band.
Apres quelques morceaux endiablés, ou l'on a droit à un feu d'artifice de funk melé subtilement à des accents latins, il est enfin temps d'accueillir le "Parrain" lui-même.


Alors
que les musiciens de James Brown font leur entrée sur scène,
je me dirige d'un pas pressé vers l'espace reservé a l'avant
scène aux photographes. Trois choristes appelées les "Bittersweets"
prennent place sur la gauche. L'accoutrement est classique.
Tout de blanc vétu, Danny Ray (le fameux maitre de cérémonie
de JB depuis les années 60's) harangue la foule de son introduction
célèbre. Il énumère les titres légendaires
de James Brown alors que le Band égrenne au fur et à mesure
un sample de chacun des morceaux cités. La tension et l'excitation
envahit le public qui répond par des cris de joie et des applaudissements.
Danny Ray sait travailler la foule ! Finalement, le moment que l'on attend
tous : "And now, ladies and gentlemen : the hardest working man in
showbusiness ! Mister Dynamite ! Mister 'Please Please Please himself !!!"



James Brown fait son apparition : ovation générale. La démarche est feline, alerte, voire sensuelle. Le visage est marqué. Mais le sourire est là, qu'il décoche avec force et expérience, laissant apparaitre une dentition parfaite. Le regard est profond et dur. L'homme est aux commandes. Cela ne fait aucun doute.
Clic! Clac! Je tente de me concentrer sur mon travail. Malgre moi, j'ai les mains qui tremblent un peu. Mon coeur bat la chamade.


James
Brown attrape le micro et sa voix reconnaissable entre toutes se met a égrener
un medley de plusieurs de ses hits. Il suffit d'une fraction de seconde et
la musique se saisit vite de mon emotion. Si vu de l'exterieur, je semble
prendre des photos avec indifference, à l'interieur, mon sang circule
en rythme avec le groove. Je souris
intérieurement : malgré le choc d'avoir le Maestro a 50 cm de
distance, le funk reste encore le plus fort.
Je me joins en premiere ligne du groupe de spectateurs aglutinés à l'avant de la scène. Les gens sont dechainés : ils dancent, reprennent en choeur chaque chanson, les visages sont fous de joie.
Decrire James Brown sur scène est un exercice laborieux. Je paraphraserais le grand Charles : " le geste est précis ' et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a "du ressort'. Devant mes yeux ébahis, j'assiste à des pas de danse qui défient la gravité : je rappelle que l'homme est septuagenaire ! Qu'a cela ne tienne : il saute, attérit sur les genoux , revient sur ces pieds, virevolte vers ses musiciens, leur donne des instructions, interpelle ses choristes, attrappe a nouveau le micro et de sa voix délicieusement rauque, repart dans une envolée funky plus brillante que jamais ! Je suis en sueur rien que de l'observer.


L'homme
presente un show rode depuis plusieurs decennies. Sa mecanique est parfaitement
huilée. Par contre petite surprise au niveau des musiciens : s'il n'y
a aucun doute quant à leur talent individuel, l'osmose parfaite presente
chez Maceo Parker Band est ici totalement absente. JB se voit d'ailleurs contraint
de reprendre certains morceaux dès le debut. Notamment sur "It's
a Man's World ". L'ambiance semble se dérider cependant lorsque
JB entreprend quelques pas de dance en compagnie de certains d'entre eux.
Les "Bittersweets" sont nettement plus à l'aise. Leur jeu de scene est ludique. JB les met en lumiere lors de quelques duos en sa compagnie.
Sur la plupart des morceaux rythmes, deux danseuses occupent la scene à l'arriere plan de JB. Si l'idee d'avoir un visuel supplementaire est bienvenu, le côté "pom pom girls " n'est pas du meilleur goût, du moins d'un point de vue européen.
Entre
sur scène Tami Rae (derniere épouse en date de JB) Elle entreprend
deux époustouflantes renditions de Janis Joplin. "Try ! Just a
little bit harder'' et"Mercedes Benz". Le beat est un melange de
funk et de rock. Le premier
titre interprète en duo avec JB donne lieu a un magnifique chasse-croise.
Elle l'accule sur un coin de scène et le supplie en chantant "Baby,
Baby, Baby!"


James Brown revient a l'avant-scène et s'empare du micro. Il tombe à genoux et là, affale sur son micro, il souffre les mots qu'il egrene. On pourrait fermer les yeux et se croire en 1962, 1964, 1972... les années defilent et pourtant c'est le même instant de genie qui se perpetue. La meme voix, la meme energie... Du haut de cette scene, 50 ans d'histoire nous contemplent (Les specialistes apprecieront).
Tami
Rae reprend le morceau. Il la poursuit à l'autre bout de la scène
et lui offre un essui pour se rafraichir. Elle entreprend son deuxième
titre. La foule commence à s'impatienter et reclame JB qui dos au public,
remplit sa fonction de chef d'orchestre. Ce dernier s'execute.
Danny Ray reapparait avec une cape couleur argent brillant et entreprend de
couvrir JB. Celui-ci fait mine de se retirer. La foule est en plein délire
: c'est alors que JB se débarasse de la cape et revient à l'avant
scène .
Il entonne un chant patriotique , "God Bless America", la main sur le coeur. La foule fait pareil. Là, je suis un peu déconnectée. Mais bon. C'est l'Amerique de l'après onze septembre. Il faut faire avec.
JB
se lance alors dans un hommage aux troupes américaines stationnées
dans le golfe et ailleurs. Il va jusqu'à demander trente secondes de
silence en leur honneur. J'avoue que ca faisait un peu décalage. D'ailleurs
au bout de dix secondes, quelques voix s'élevent , un sifflet se fait
entendre et une grogne parcourt le public.Tout d'un coup,
répetant une phrase célèbre du Maitre, quelqu'un lance
à vive voix: "Hey man, what are we gonna do now?!"


Des rires se font entendre et JB émerge de ses prières en souriant. Il fait alors un commentaire ironique sur le fait que ce même pays qu'il chante l'a envoyé croupir en prison à plusieurs reprises. Eclat de rire general.
Sur ce, il s'écrie "I feel good!" plusieurs fois, soutenu par le batteur, comme s'il allait entamer la chanson. Il titille le public en transe... et finalement le Maitre et son Band entonnent avec force "Soul Power". Le public est dechainé.
Suit
"Soul Man", commencé par JB et achevé par un chanteur
black fin quarantaine qui surgit de nulle part et que je n'ai pas pu identifier.
JB est au clavier..
Il
revient à l'avant-scène pour interpréter "It's a
Man's world", suivi de "I feel good".
Danny Ray réapparait et le couvre d'une cape verte brillante. JB n'en
veut pas et l'arrache avant de reprendre un "Please please please"
frénétique.
Danny Ray revient avec une cape rose brillante qui est vite enlevee. Finalement il debarque avec une cape rouge étincellante. JB semble cette fois prêt à partir. Quand soudain il se dégage vivement de la cape et nous balance son legendaire "I Didnt Do My Thing Yet!". Suit une intro de "Sex Machine" à en perdre haleine. Je vous passe le verbiage qu'on connait tous par coeur. Juste pour dire que tout y est, jeux de jambes compris :"ONE! TWO! THREE! " et 10000 sex machines se trémoussent dans l'amphithéâtre !
On
sent la fin arriver avec regrets. JB fait venir son manager sur scène
et le fait chanter. Tout le monde danse selon les règles d'un désordre
organisé. JB
salue alors une derniere fois son public et quitte la scène aux
bras de son manager et d'une de ses choristes. Et ce, sous une ovation générale
!

Alors que je quitte les lieux, je ne peux m'empecher d'observer les gens autour de moi : la dimension surreelle de ce concert se fait sentir dans les commentaires glanes ici et là. Chacun repart avec la sensation d'avoir assisté plus qu'à un show extraordinaire : c'est toute l'histoire de la musique funk et soul qui nous a salué ce soir.
Thank you, Mister Brown !!
© FONKADELICA - Reportage et photos réalisées par Fouzia B.


NB
: ci-dessous, une liste non exhaustive des morceaux interprétés
durant ce concert :
- Get Up Off of that Thing
- Cold Sweat
- The Big Payback
- Papa Don't Take No Mess
- Try Me
- Pass the Peas
- I'm Back
- It's a Man's World
- You Got to Live with Yourself and Nobody Else
- Make it Funky
- I Got You (I Feel Good)
- Please, Please, Please
- Get Up I Feel Like Being A Sex Machine

SITE OFFICIEL : GODFATHEROFSOUL.COM
Big thanks U to FOUZIA :)
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