ALMO ET FREDDY
Les héritiers
Histoire & Interview de deux artistes soul français
Avril 2005



La soul music est toujours bien présente. Des musiques noires, C’est peut être la plus puissante. La boucle est bouclée : De la soul, nous sommes passés par le funk, la new jack, la nu soul pour revenir au R&B, autre terme désignant la soul.

La France compte aujourd’hui une nouvelle génération d’artistes dont la qualité artistique et l’inspiration sont sans précédent. Le travail des Teddy Riley, D’Angelo, Maxwell et toutes ces stars des années 90 a été bien digéré et transpire dans la musique des Freddy, Spleen, Almo ou Hocus Pocus. Mieux, ces jeunes français reviennent à l’essence même de tous ces courants, à leur esprit initial dans ce qu’il a de plus sain. Il suffit d’écouter Spleen pour en être convaincu.

Freddy, du haut de ses 27 ans, a de belles années devant lui. Le plus surprenant avec Freddy, c’est cette simplicité déconcertante. Lorsqu’on lui demande comment il a commencé et où il a étudié la musique, la réponse est la suivante : "Je n’ai pas vraiment appris la musique. Je commence tard, à l’âge de dix-sept ans. C’est en entendant le deuxième album du groupe Guy, de Teddy Riley, que je me décide. Ce jour là, j’ai pris une claque. Je me souviens qu’au début, avec mes amis, nous voulions ressembler à Blackstreet, l’autre groupe de Riley".

L’autre fait surprenant avec cette génération, et en rupture totale avec la précédente, c’est son ouverture d’esprit et le refus d’étiquette. Fini l’ère des tribus et l’identification à un seul style musicale. Lorsqu’on demande à Freddy une définition de sa musique, l’artiste répond : "Je fais de la chanson française avec de la soul, du jazz et du hip-hop".

Ensuite, ces artistes sont souvent des auteurs/compositeurs/interprètes. C’est le cas de Freddy dont l’expérience dans le milieu a déjà dix ans : "Agé de dix huit ans, un an après l’écriture de mes premiers textes, je rentre dans une troupe de comédies musicales. Je tourne pendant trois ans avec des formations comme Washa, groupe vocal teinté de gospel. J’écris les textes. J’ai commencé l’écriture avec Tony Bijou, un ami".

Mais l’artiste est aussi un pianiste averti et un excellent compositeur ; Une autre différence de taille avec les artistes français des années 90 des scènes hip-hop ou R&B. Supreme NTM, Assassin, Ministère Amer, Vibe ou autre Matt, aucun de ces artistes n’était musicien au sens acoustique du terme. Désormais, on revendique l’utilisation des sequencers mais avec la maîtrise d’un instrument : " Mes premières musiques datent de l’année de mes dix-sept ans. Mais j’ai appris le clavier façon jazz. En deux ans, j’ai eu de bonnes bases techniques grâce à un professeur que je voyais plusieurs heures par semaine. Aujourd’hui, ma méthode pour écrire est très personnel. Je m’isole avec mon sequencer, un QY100 et un clavier. Je cherche constamment et j’enregistre mes idées sur le sequenceur, mon stock. Ensuite, je travaille avec le groupe".

Depuis les premières signatures hip-hop et R&B en maisons de disques, tout n’a été que concurrence entre les artistes. Nous n’avons pas connu de mentalité vraiment saine dans ce pays. Depuis peu, il y a également du changement de ce côté là. 20syl, du groupe Hocus Pocus, n’hésite pas à inviter d’autres artistes sur scène avec lui et Freddy ne cache pas ses envies de collaboration : "J’apprécie beaucoup Dadoo, Blackboul du groupe Triptik et 20syl. Je kiffe leur flow et je bosserais bien avec eux. D’autant plus que mes influences hip-hop résident essentiellement dans le flow des rappers. Mes groupes préférés sont The Roots, Common, Slum Village, Mad Lib ou encore Declaim. Tous ces artistes au son jazz live avec un flow puissant".

La diversité d’influences de ces jeunes est réellement impressionnante. Si les membres d’Hocus Pocus écoutent régulièrement du Coltrane, Billie Holiday ou du Miles Davis, les membres du ‘Peuple De L’Herbe’ du Gil Evans, Smith & Mighty ou du dub, Freddy a des influences princières grâce à ses musiciens : "Mes musiciens sont des amis rencontrés grâce à Ines, une chanteuse française qui mélange le R&B avec ses origines créoles. Le groupe s’appelle Dirty Mind". Avec un nom pareil, on devine immédiatement l’origine de leur culture. Il est à noter que leur guitariste a également joué avec les Dax Riders, groupe phare de la scène française electronique fortement influencé par Zapp. Bref ! Il y a fort à parier sur l’avenir de cette nouvelle scène française. Loin du brouhaha des A La Recherche De ou autre Star Ac, certains utilisent leur temps à créer avec la qualité et l’originalité comme objectif. Et cette qualité est là, que ce soit sur disque ou sur scène.
Concernant l’album de Freddy, il est sur le point de sortir mais l’artiste tient encore ce point secret. Vous pouvez le voir sur scène en attendant.

www.freddy-lesite.com




Almo

Avec Almo, le ton est plus intimiste. Sous ce pseudo se cache un chanteur/compositeur de talent au parcours déjà riche : "Je viens d’une famille de musiciens. En 1980, j’avais 16 ans quand j’ai enregistré mon premier 45T. Ensuite, je pars deux ans à Boston pour étudier dans la prestigieuse école Berklee College of Music".
A l’écoute de "Unlocked", titre de ce premier album soul, on pense inévitablement aux artistes noirs américains des 80’s ou à l’actuelle génération nu-soul américaine. Certains pourront penser également à Phil Collins pour le timbre de voix.
Pourtant, Almo ne revendique pas ces influences : "Toute ma culture est anglophone, depuis toujours. Marvin Gaye, Cat Stevens, Paul Mc Cartney et surtout Stevie Wonder ont été mes maîtres, comme beaucoup d’autres songwriters. Voilà pourquoi je chante en anglais, un des gros reproches que l’on me fait. Mais l’anglais s’adapte mieux à ma musique. Bach a aussi joué un rôle important dans mon approche de la composition. Son écriture si riche, ces mélodies si simples…".

Au sujet de sa musique justement, Almo a ceci de commun avec de nombreux jeunes talents d’aujourd’hui : Il refuse les étiquettes. Bien que le mot soul vienne rapidement à l’esprit en écoutant son disque, Almo la définit ainsi : "J’ai essayé d’écrire de bonnes chansons enregistrées en live avec mes musiciens". Le marché du disque change profondément, dans le fond et dans la forme. De plus en plus, le public réclame une musique de qualité, acoustique et chaude de préférence. Bref !, une musique plus authentique. Voilà pourquoi Norah Jones vend tant de disque, voilà pourquoi le jazz, le blues la world et la soul tiennent bon dans la tempête. Voilà pourquoi Almo a parfaitement sa place en France aujourd’hui. Mais quelle est la méthode de travail de l’artiste ? : "Dans un premier temps, je compose seul, au piano. Andrew Crocker, trompettiste de jazz américain, se charge des paroles. Je lui donne des bribes de textes, une base de travail, à partir desquelles il écrit. Ensuite, on enregistre les chansons dans le home studio de Bruce Cherbit, mon batteur".

Malgré une musique de qualité, une manageuse efficace, de nombreuses programmations en télé, Almo a tout pris en auto-production. Aujourd’hui, l’album est distribué par 2Good, les mêmes qui ont offert à un public de passionnés le DVD "Writers". Mais l’auto production n’a pas que des côtés négatifs et de plus en plus d’artistes commencent ainsi. Ce fut le cas de Tété, de Tryo, de Wax Taylor… "Avec ce système, tu as une totale liberté artistique et tu travailles avec ceux que tu as choisi. En maisons de disques, ils m’auraient probablement imposé la langue française. Bien qu’indépendant, je suis programmé sur 25 radios dont Fun Radio et FIP. Le point négatif, c’est la limitation en terme de moyens financiers notamment pour tourner. Sans ‘tour support’, pas de tourneurs. Mais cela ne nous a pas empêché d’avoir un bon accueil partout en France".

Le marché change et la musique revient dans les mains de ceux qui ont une culture et une sensibilité artistique. Des enseignes commerciales comme la FNAC ont également un rôle à jouer dans la diffusion de cette passion qui permet de vendre du disque. Almo doit beaucoup à cette enseigne : "La qualité de la prescription des vendeurs, leur passion sur le terrain nous a permis d’avoir une bonne visibilité, des bornes d’écoutes et au final, des ventes. C’est l’accueil de la Fnac qui nous a décidé à lancer la fabrication du disque. Ensuite, mon passage à 20h10 Pétantes sur Canal + a entraîné le referencement de l’album sur fnac.com et nous sommes entrés dans les 40 meilleures ventes de l’année sur le site".

Cet artiste a une longue carrière devant lui. Ceux qui ont une vision de la musique à court terme ne l’ont pas encore compris. Pour ce qui est des comparaisons dont il est sujet, Almo ne s’en occupe pas. Il se soucie également peu du star système : "Le seul objectif valable est de faire ma musique aussi longtemps que possible, pas pour être célèbre mais juste pour l’expression artistique. Il y a un public pour ma musique et c’est tout ce qui compte. Après, chacun la ressent avec ses propres références, suivant sa culture. Quand on me compare à d’autres artistes, c’est sûrement qu’on a écouté les mêmes choses, qu’on fait parti de la même famille…".

www.unlockedmusic.com
www.almo.soundzcool.com


Propos recueillis par
Christophe Augros

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