ELECTRO DELUXE & SUCH PROD
Rencontre avec le groupe et les créateurs du label Such Prod
Avril 2005

 

ELECTRO DELUXE

C’est évident, la nouvelle scène jazz-fusion a un bel avenir devant elle. Wise, No Jazz, Erik Truffaz, Ludovic Navarre, Electro Deluxe et Michel Benita en sont la preuve. Nous avons de la chance d’avoir une génération d’artistes aussi inspirés avec un esprit novateur fort. L’originalité et la qualité sont là et transpirent dans le travail de ceux qui ont souvent grandi avec le funk, l’acid-jazz, le hip-hop et les nouveaux courants électroniques. Electro Deluxe sont de ceux là. Pour la première fois dans ce pays, la volonté de créer un son de label se met en place grâce au label Such. Une école qui peut rivaliser avec les anglais et les américains.

Rencontre avec
Thomas Faure, saxophoniste d’un groupe à l’avenir prometteur comme le prouve "Stardown", premier album et lieu de rencontres avec de multiples invités
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Fonkadelica : Bonjour Thomas. D’où vient ce nom, "Electro Deluxe" ?

Thomas Faure : Ce nom est plus un son qu’un nom. A l’origine, notre projet était entièrement electro. Et puis le côté "électro-menager" nous amusait…

La musique electro, c’est votre culture de base ?

Non. Notre culture, c’est le funk, l’acid-jazz et le jazz. Maceo Parker, Clinton, Prince, Meshell, Buckshot Lefonque, Roy Hargrove…On aime aussi le R&B et la nu soul façon Jill Scott ou D’Angelo. L’un des morceaux qui m’a le plus traumatisé est celui de Meshell sur le projet "Red Hot & Cool".

Peux tu nous raconter l’histoire du groupe ?

Gaël (claviers) et moi sommes de Grenoble. Nous avons étudié ensemble dans une école de jazz de Paris. Il connaissait un batteur, moi un bassiste. Très vite, nous decidons de composer et d’utiliser samples et programmations. Le premier projet était d’enregistrer une maquette pour la signature d’un contrat en maison de disques. J’ai appelé un vieux pote de Grenoble, Guillaume Poncelet, le trompettiste de No Jazz et de Wise, qui nous a présenté un ingénieur du son. Cet ingé son n’est autre que Julien Birot, le fondateur de ‘Such Production’ et du groupe Wise. Il a écouté notre travail et nous avons enregistré un CD 3 titres puis l’album.

Et pour les nombreux invités de l’album, comment est-ce arrivé ?

Nous avions la volonté de réunir plusieurs musiciens d’horizons divers. C’est notre méthode depuis le début. Pour Guillaume Poncelet, c’était évident ; Nous avons toujours travaillé ensemble. Pour Philippe Sellam (saxophoniste de No Jazz), il est adorable et était enthousiaste pour ce projet. Concernant Didier Lockwood, le batteur et le clavier du groupe sortent de son école de Damary Les Lis. Il a gracieusement accepté notre proposition. Avoir un musicien de son envergure, pionnier de la fusion avec la formation Magma, est un honneur. Flavio Boltro est un ami de Julien Birot. Il est passé au studio et notre groove l’a emballé ; Il a enregistré deux solo en une soirée ! Quand au rapper Imo, il est de Philadelphie. La connexion s’est faite grâce à Nyr, un ami du label anglais ‘Café De Soul’, sur lequel se trouve Rahsaan Patterson.
Tout est histoire de rencontres…

Quelle est la méthode de travail avec tout ce monde ?

Nous commençons avec des bases assez simples concoctées soit par Jérémie (bass/programmations), soit par Gaël (claviers) ou par moi. Ensuite, chacun pose son instrument et ces bases se développent en groupe. Nous avons fait appel aux invités en fonction de nos envies : Une voie féminine là, un rapper ici…

Qui a eu cette idée d’homogénéité de sons du label ?

On la doit à Julien Birot. D’autres productions vont suivre…Nous avons signé pour trois albums avec Such.

Content de votre distributeur (Naïve) ?

Bien sûr ! Nos rapports sont assez inespérés, comme tout ce qui nous arrive. Les gens de Naïve viennent du terrain. Il y a un vrai suivi et nous avons de bons interlocuteurs qui ont pris des risques. C’est quand même incroyable ! Nous avons eu les invités souhaités, une signature rapide avec des gens qui nous apprécient, un bon tourneur qui nous offrent de très bonnes conditions de tournée, tout cela en un an. Nous avons commencé l’enregistrement de l’album en mars 2004. Un an après, nous avons rencontré Dewilde, Boltro, nous sommes dans les meilleures ventes sur fnac.com et l’accueil magasin est très bons.

Quelle est la priorité maintenant ?

Le live ! Nous voulons offrir un spectacle de qualité. Nous l’avons rodé sur quelques dates et beaucoup reste à venir. L’export est aussi une de nos priorités. Le label se concentre beaucoup dessus. L’album devrait sortir au Japon, sur Ward Records, peut être aux USA, chez Universal et en Europe de l’Est. Cela nous ouvre de nouveaux espaces pour les concerts, sur la voix ouverte par No Jazz.

www.electrodeluxe.com


ELECTRO DELUXE : "STARDOWN" [SUCH PROD, 2005]

Quelle belle découverte ! Un régal dès la première écoute. Ce disque est une vraie surprise jazz-groove/electro. Né d'une envie de musiciens français (Thomas Faure - Jérémie Coke - Gaël Cadoux - Arnaud Renaville) d'origines musicales diverses de se regrouper, Electro Deluxe mélange les rythmiques électroniques, une batterie jazz, des cuivres saxos synchros et une bonne dose d'invention. on y retrouve aussi des injections hip-hop, funk, acid jazz... Le premier titre "Point G" est un groove qui fait penser au disque "Doo-Bop" de Miles Davis... Un groove incomparable et des saxos/trompette qui se déchainent dessus. Puis, on revient au groove plus posé, plus soul, avec "In material" ou un rappeur vient déposer son flow. On dirait The Roots avec une rythmique très sèche, mais avec les cuivres en plus. Puis "The right to be blue" est une ballade jazzy, où une voix féminine vient prêcher en anglais. Sur la cinquième, le rythme s'accélère, avec un mélange de scratchs, de basse funk, de samples, associant à la perfection le jazz et l'electro speed. "Mister Freeze" décolle avec une batterie jazz au charlestone légèrement saccadée. Avec des cuivres à la Maceo et un feeling à la Roy Ayers, sans paroles. Puis, le hip-hop revient, etc. Les rythmes originaux s'enchaînent... Ce disque est excellent. Dès la fin, on veut le remettre. Alors merci à ces musiciens talenteux. Mpls


SUCH PROD
Une certaine idée de la musique en France

La France n’a jamais connu cette démarche artistique. Pour la première fois, une équipe a l’ambition de créer un label avec une identité artistique forte, immédiatement identifiable et très homogène (du visuels des albums jusqu’au sons des productions) loin de la production de masse et du formatage imposés par certains depuis plus de dix ans. Les premiers groupes à bénéficier de cette démarche sont Wise et Electro Deluxe.

Ici, il ne s’agit pas de variété mais bien du développement de nouveaux courants musicaux, en développement aux USA et en Angleterre depuis quelques années. drum & bass, electro, trip-hop, hip-hop, nu soul fusionnent allègrement avec funk et jazz. Enfin !, la France a un studio, un son, une équipe pour innover, un vrai relais aux productions anglo-saxonnes.
L’équilibre entre acoustique et nouvelles technologies est maîtrisé. Il en va de même pour un compromis entre productions musicales et commerce. Julien Birot, créateur du label, sait que le but est de vendre du disque, mais rien n’empêche de donner de la qualité et de la culture pour atteindre ce but.

A l’heure où toute une profession se pose des questions sur le chemin à prendre pour vendre à nouveau de la musique, Such propose une solution : Du développement d’artistes, un son en phase avec les attentes d’un public jeune, ouvert d’esprit, friand d’expérimentations.
Et ils n’en sont qu’au début…De nombreux projets surprenants vont bientôt voir le jour sur la voie ouverte par Wise et Electro Deluxe.

Rencontre avec Julien Birot (mentor du label, fondateur de Wise et producteur de talent) et Sébastien Barthélémy (gestion du label, chargé du multimedia et percussionniste).



Fonkadelica : A quand remontent les débuts du label ?

Julien Birot : Such a vu le jour en octobre 2002. L’équipe s’est constituée grâce à des rencontres. A la base, tous sont des musiciens acoustique de talent. Mais créer ce label n’a pas été chose facile. Nous ne connaissions personne, nos contacts parisiens étaient très limités. De nombreuses maquettes sont partis chez les distributeurs sans réponses concrètes jusqu’à la rencontre avec Naïve. Notre première production a été Wise ("Electrology") en 2004.

Comment as tu commencé la musique ?

J.B. : Je suis fils de musicien. J’ai beaucoup appris avec mon père. Ensuite, j’ai suivi des cours d’ingénieur du son à l’école S.A.E. pendant deux ans avant d’arriver à l’American School. Parfois, je travaillais la musique huit heures par jour. J’ai également beaucoup appris au contact d’autres musiciens comme le trompettiste Flavio Boltro ou le pianiste Eric Legnini.

Aujourd’hui, comment choisissez-vous les artistes du label ?

J.B. : Je veux des gens qui ont déjà fait leurs preuves sur scène. Nous ne pouvons nous permettre de passer trop de temps sur l’enregistrement, la priorité étant la production, la recherche de sons. Pour Electro Deluxe, la rencontre s’est fait par l’intermédiaire de Guillaume Poncelet, du groupe Wise et No Jazz. Nous avons écouté leur son et avons vite décidé d’aller les voir en répétitions. Nous avons pris une claque ! De là, CD 3 titres puis album. "Stardown" a été réalisé en un peu plus de deux mois avec un important travail d’édition. Le 3 titres a permis au groupe de prendre conscience de l’importance du travail studio, comment allier acoustique et machines, comment travailler concrètement avec des machines. Le succès de Wise les a mis en confiance et leur a donné des idées. La sauce a pris rapidement…
Pour Didier Lockwood, invité sur "Stardown", Gaël et Arnaud ont suivi des cours dans son école et Wise était programmé à un festival dont il était parrain, le soir de son anniversaire. Nous lui avons concocté un "Happy Birthday"à notre façon et il a joué sur scène avec nous. Il a suffisamment apprécié pour proposer ses services. Tout est histoire de rencontres.

Sébastien Barthélémy : C’est aussi un critère de sélection pour être sur le label. Il faut que le feeling passe entre nous. L’humain est très important tout comme les échanges.

J.B. : Une autre façon de choisir passe par les maquettes que nous recevons au studio. Une de nos priorités est la cohérence des différents projets entre eux.

Justement, après Wise et Electro Deluxe, quels sont-ils ?

J.B. : Nous allons lancer le deuxième album de Wise sur lequel nous rendrons hommage sur un titre à un musicien indien présent sur le premier album et qui est décédé depuis. L’album sera orienté plus electro. Mais, avant ce projet, nous avons Teknic Old Skool. Un son ‘drum & bass’ davantage destiné à la scène et aux clubs.

S.B. : Oui, sur scène, c’est la claque. Je suis sûr qu’il en sera de même en club pour certains titres.

J.B. : D’un projet jazz/electro (Wise), nous sommes passés au jazz/funk (Electro Deluxe). Cette fois, c’est drum & bass/hip-hop. Contrebasse, drum machine, un DJ, du Fender… Il y a un peu plus d’effets, notamment sur les sons de batterie. Le DJ et le bassiste viennent de Sayag dont l’album a été distribué en auto-production. Les membres du groupe ont une culture hip-hop.

S.B. : C’est du rap ternaire, chose rare, avec un style bien personnel et toujours une unité dans le son et la formation.

J.B. : Nous explorons de nouveaux courants, de nouveaux styles. Bruce Sherfield, le rapper vient du Queens, New York. Nous avons voulu un rap ‘old school’, festif, loin des productions actuelles. Il y a aussi une chanteuse ougandaise…
Nous avons aussi un projet pour un grand monsieur de la culture créole, Roland Brival. Nous avons reçu une maquette de cet artiste qui a marqué les années 70 avec le projet "Gipsy Créole". Il a également sorti deux œuvres blues et, plus récemment, l’album "Waka". Nous venons de finir le disque de celui qui est aussi auteur de treize livres et un peintre/sculpteur reconnu.

Même équipe et même son pour cet album ?

J.B. : Jeremie et Gaël, bassiste et clavier de Electro Deluxe sont dessus avec Christophe Démaret (batteur de Overhead) et Stephane Edouard (percussionniste de Daby Toure). Guillaume Poncelet et Christophe Panzani, le saxophoniste invité sur ‘Stardown’ assurent les cuivres. Pour le son, nous explorons le funk façon 70’s genre Gil Scott-Heron ou Roy Ayers avec la touche afro-beat, façon Fela ou Tony Allen. Il y a un côté "roots" dominant avec un accent mis sur les voix.

S.B : Et un vrai groove ! C’est un personnage charismatique.

Le percussionniste de Daby Touré ?

J.B. : Daby Touré est un de mes meilleurs potes. Nous avons travaillé ensemble. Une partie de son dernier album a été enregistré dans nos studios. Seul le mix a été pris en charge au studio ‘Realworld’ de Peter Gabriel, à Bath.

Pour finir, vous semblez entretenir de bons rapports avec votre distributeur et votre tourneur, qu’en est-il ?

J.B. : Oui, je crois que l’équipe de Naïve est contente. Nous sommes 8eme meilleure vente en national avec Electro Deluxe… Avec Christophe Spagnuolo, notre tourneur, les rapports sont privilégiés, c’est un ami. Comme nous te l’avons dit, pour nous tout passe par l’humain. Au niveau professionnel, il assure vraiment. Nous avons quand même eu une tournée Wise en Amérique du Sud et des scènes aux festivals de Montréal, La Villette, Jazz Sous Les Pommiers, etc… Bref !, de gros événements.

Propos recueillis par Christophe Augros

www.suchproduction.com
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