"L'ELECTRO"

et le funk

ELECTRO

On réalise aujourd’hui à quel point les années 80 ont servi de laboratoire à la musique urbaine. Ce fut le cas pour le genre musical baptisé « Electro ». Ce courant dominant de la musique électronique est né au milieu des années 80 à New York.
La ville qui a donné naissance au Rap est également à l’origine de ce genre développé depuis quelques années par des artistes comme Daft Punk, Etienne De Crecy, Air et d’autres.

L’histoire débute en 1982 grâce à trois artistes majeurs dont les noms sont incontournables si l’on veut comprendre la culture Rap et Electro. Arthur Baker, Fred Zarr et Jon Robie ont innové par leur travail et apporté un son neuf à travers leurs productions de l’époque. Le label Tommy Boy, crée par Tom Silverman, doit sa période d’or à cette équipe. On découvre leur travail en 1982 avec le titre « Planet Rock » composé pour le D.J du Bronx Afrika Bambaataa. Avec le succès phénoménal du titre, le label, ainsi qu’une grande majorité d’artistes du moment, réclament leurs talents.

L’année 1984 sera le point culminant de leur carrière. Ils travaillent sur la bande originale du film culte ‘Beat Street’, réalisé par Harry Belafonte sur la culture Hip-Hop. On y retrouve Tina B., femme d’arthur, Brenda K.Starr et Afrika Bambaataa & The Soulsonic Force, tous produit par le trio. Les retombées financières des succès de « Planet Rock », « Looking For A Perfect Beat » et « Renegades Of Funk », tous interprétés par A.Bambaataa, permettent au producteur A.Baker de fonder son label baptisé Streetwise.
En 1984, on lui doit également le succès planétaire « I.O.U. », écrit et composé pour le groupe Freeez. John Rocca, chanteur de cette formation, débutera en solo deux ans plus tard avec la même équipe. Toujours en 1984, le D.J/producteur John « Jellybean » Benitez sort son premier album solo avec Baker/Zarr/Robbie. La chanson « Sidewalk Talk », écrite par Madonna, sa femme, et produite par le trio est un succès. Il en est de même pour les chansons du groupe Planet Patrol signé sur Streetwise. Le mot « Electro » apparaît à cette époque pour distinguer leur style des autres productions. Les programmations rythmiques si particulières associées aux sons de claviers totalement innovants sont les fondements du genre Electro.

A leur côté, on retrouve rapidement Maurice Starr, déjà responsable du succès du groupe New Edition. De son côté, il a développé le style Electro à sa façon avant de se joindre à l’équipe de New York. Son titre « Super Rock » de 1984 reste un classique du genre. Vernon Jeffrey Smith, futur fondateur et leader du groupe Family Stand, débute avec eux à cette époque.
L’année 1984 est aussi l’occasion pour Arthur Baker de relancer la carrière du groupe Soul ‘Stylistics’ sur son label. L’album Some Things Never Change, écrit, composé et produit par Arthur Baker et Maurice Starr marque l’année en Angleterre. Les productions de l’équipe servent à merveille la voix du chanteur Airrion Love.

Leur travail influence rapidement une nouvelle génération d’artistes anglais et américains. L’équipe composée de Mike Stock, Matt Aitken et Pete Waterman est un bon exemple. La chanson « Say I’m Your Number One » interprétée par Princess et produite par Stock/Aitken/Waterman en 1985 est la preuve évidente de cette influence. Il en va de même pour le titre « 19 » du D.J londonien Paul Hardcastle, succès de l’année 1985.

En trois ans, le courant Electro est devenu un genre majeur aux U.S.A et en Angleterre. Une multitude de labels a vu le jour entre temps et s’est lancé dans l’Electro. C’est le cas de Sleeping Bag Records. En 1985, l’album éponyme du duo Mantronix sera l’un des plus gros succès du label. Mantronix devient producteur pour Joyce Sims, Dhar Braxton et Hanson & Davis, entre autre.

Mais le temps passe et les modes aussi. Tandis que Teddy Riley prépare son arrivée et l’avènement du genre New Jack, Arthur Baker connaît des problèmes avec la cocaïne. Criminal Records, son nouveau label, ne rencontre pas le même succès. Ses groupes Wally Jump jr et The Criminal Elements Orchestra non plus. Les productions réalisées pour Tommy boy, label des débuts, n’ont pas le succès commercial attendu. C’est le cas de T.K.A.
En France, il est remarqué grâce à un remixe du titre « Tomber Pour La France » d’Etienne Daho. Mais la fin des années 80 est synonyme de retraite provisoire pour le producteur et son équipe. Teddy Riley et Gene Griffin dominent déjà la musique noire urbaine aux côtés du label Rap Def Jam.

Il faudra attendre l’année 1994 pour assister au retour d’Arthur Baker. Cette année là, il est responsable du succès du groupe Brooklyn Funk Essentials. Il a formé et produit cette formation avec son acolyte Lati Kronlund. L’album Cool And Steady And Easy est réalisé dans ses nouveaux studios high-tech de New York.

Aujourd’hui, on réalise à quel point son succès ne se mesure pas en terme commercial uniquement. Son inspiration de l’époque transpire encore aujourd’hui. La génération d’artistes français baptisée « French Touch » a bien retenu le son du maître.

Freeez
Ce groupe est crée à Londres par John Rocca qui produit les premiers singles que sont « Keep In Touch » et « Stay » en 1980. Grâce à ces premiers succès, ils signent sur Beggars Banquet et continuent avec « Southern Freeez » et « Flying High » en 1981 et « One To One » en 1982.
En 1983, John passe quelques temps à New-York où il travaille avec le producteur Arthur Baker. Il résulte de cette collaboration le hit electro « I.O.U. ». Le titre sort également sur Streetwise, le label d’Arthur aux U.S.A. La même année, sortie de « Pop Goes My Love » avant le départ de John qui est remplacé par Billy Crichton au chant et à la guitare et par Louis Smith au clavier.
Tandis que John commence une carrière solo, le groupe enregistre « That Beats My Patience » et « Train Of Thoughts » puis l’album Idle Vice.

Jellybean
Né John Benitez dans le Bronx du Sud, New-York, en 1959, il débute en tant que D.J pour des amis dans des fêtes locales. En 1976, il devient professionnel pour des clubs de New-York et du New-Jersey. Il se battit une solide réputation et apparaît même dans le film ‘Nighthawks’ de Sylvester Stallone. Il est ensuite à l’origine du ‘Funhouse’, un club « branché » de New-York dans lequel il peut jouer pendant quatorze heures devant 3500 personnes.
Au début des 80’s, il se lance dans la production avec « Nuke », chanson destinée au groupe Warp 9. Ensuite, il travaille aux cotés de Soul Sonic Force, Michael Jonzun, Arthur Baker, John Robie et Afrika Bambaataa sur des titres précurseurs des courants éléctro et Hip-Hop.
Une fois reconnu comme D.J, mixer, remixer et producteur, ses services sont demandés par Madonna (« Physical Attraction », « Holiday » et « Lucky Star »), Elvis Costello, Michael Jackson, Rockers Revenge et Whitney Houston.
En 1984, il signe sur Liberty (distribution E.M.I) et sort l’album Wotupski ? ! sur lequel figure « Sidewalk Talk », chanson écrite par Madonna. Il crée aussi sa maison de production et produit « Love’s Gonna Get You » pour Jocelyn Brown.
En 1987, il signe chez Chrysalis pour plusieurs singles à succès dont « The Real Thing », « Who Found Who » et « Jingo ». En 1988, il revient avec « Just A Mirage » et « Coming Back For More » avant de produire Stacy Lattisaw (« Nail To The Wall ») et Michael Jeffries.
En 1990, il change à nouveau de label et sort Spillin’ The Beans en 1991.

Mantronix
De New York, ce duo de rap/electro était composé de Mantronik et M.C.Tee. Leur début date de 1985 avec l’album The Album signé sur Sleeping Bag Records ( distribué par Virgin/10 Records ). Les titres «Bassline » et « Ladies » resteront des classiques pendant de longues années.
Puis Mantronik devient producteur pour Joyce Sims, Dhar Braxton et Hanson & Davis. Music Madness, deuxième album du duo, voit le jour en 1986. Ensuite, il sort This Should Move Ya en 1990 avec le single « Got To Have Your Love ». En 1991, le duo s’agrandit avec l’arrivée de Jade Trini et Bryce Luvah.

Maurice Starr
Ce compositeur et producteur est connu pour avoir découvert le groupe Funk New Edition. En 1983, il signait le premier tube des artistes de Boston : « Candy Girl ». La chanson sera N°1 des ventes. Il a également produit la chanteuse Soul Jean Carne et le trompettiste jazz Tom Brown. Il a aussi marqué la musique des années 80 grâce à l’Electro et à ses collaborations avec le producteur Arthur Baker.
Il est à l’origine du groupe New Kids On The Block.

Princess
Princess a débuté comme chanteuse du groupe Osibisa avant de partir en tournée avec Evelyn Thomas et Precious Wilson. Mais sa carrière prend une autre dimension grâce aux producteurs Stock/Aitken/Waterman. En 1985, elle sort « Say I’m Your N°1 », son premier hit produit par le trio. De nombreux singles à succès suivront jusqu’en 1987.

Conway Brothers
Ces frères originaires de Chicago se font connaître en 1983 avec le titre Electro « Set It Out », un classique du genre. En 1985, leur titre « Turn It Up » connaît le même succès.

Stylistics
Ce grand groupe Soul de Philadelphie a marqué les années 70. Mais le déclin commercial est réel entre 1977 et 1984. La rencontre avec l’équipe composée de Michael Jonzun, Maurice Starr et Arthur Baker est déterminante. Ce dernier signe le groupe sur son label Streetwise. En 1984, l’album Some Things Never Change voit le jour. La chanson « Love Is Not The Answer », distribuée par Virgin, est un succès en Angleterre et aux Etats-Unis.

Hindsight
Ce groupe anglais est crée par le bassiste et chanteur londonien Camelle Hinds en 1986. Après une carrière avec le groupe Funk Central Line, l’artiste décide d’une carrière solo davantage axée sur le Funk/Electro. La chanson « Small Change » est un bel exemple de son travail à cette époque. On sent les influences d’Arthur Baker mais aussi celles des producteurs Jimmy Jam & Terry Lewis.

Tina B.
La femme d’Arthur Baker réalisait cet album avec son mari en 1985. « Honey To A Bee » reste un classique du genre vingt ans après sa sortie. Le pur son d’Arthur Baker à cette époque.

Planet Patrol
Ce quintet dirigé par Herb Jackson était produit par Arthur Baker et Jon Robie. Leur son electro avait une base soul emprunté au son Motown. Un classique de l’electro et du grand label Tommy Boy crée par Tom Silverman.

TKA
Tony, Kayel et Angel signent sur le prestigieux label Tommy Boy en 1987. Cet album donnera naissance au style baptisé « Latin Hip Hop ». Le son de Scars Of Love, bien que typiquement Electro, marque néanmoins la fin du genre après trois années très fortes. Louder Than Love, deuxième opus, suivra en 1991.

Propos écris par Christophe « DJ Kauj ».


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