VICTOR BAILEY GROUP LIVE
Concert du New Morning, Paris le 05/04/02. REVUE par Nicolas K

Bailey ? Oui ça vous dit quelque chose ! J’en vois déjà derrière leur micro-ordinateurs qui pensent à Earth, Wind and Fire, mais non, celui-là c’est Philip Bailey, le chanteur. Nous, notre homme se prénomme Victor, profession bassiste. Bien sûr, le garçon est discret et n’est pas connu du grand public. Mais s’il ne tient pas le haut de l’affiche, Victor Bailey est un musicien hors-pair qui fait groover la scène jazz-rock depuis plus de vingt ans.
En effet, le monsieur a débuté sa carrière internationale en remplaçant… Jaco Pastorius au sein de Weather Report, rien de plus, rien de moins, ce qui en dit long sur celui qui n’était alors qu’un tout jeune bassiste ! Depuis Bailey a fait bien du chemin et est unanimement reconnu de sa profession, il a ainsi accompagné, entre autres pointures, Madonna et Sting. Pour ses deux concerts parisiens du 5 et 6 avril 2002, notre homme s’est entouré du strict minimum : un clavier, un batteur et un sax. En fait de « strict minimum » je devrais plutôt dire du « strict maximum » car en l’occurrence le band était constitué de Jim Beard, clavier des Breckers Brothers et de John Mc Laughlin, de Poogie Bell, le batteur attitré de Marcus Miller, David Sanborn et Eryka Badu, et pour couronner le tout du très « Headhunter » Bennie Maupin, saxophoniste de Miles Davis sur « Bitches Brew » et comparse d’ Herbie Hancock durant toute sa période funk. Voilà pour ce qui est du curriculum vitae… béton ! non ?

New Morning, vendredi 5 avril. La petite troupe entre sur scène avec un peu de retard, ni trop ni trop peu, le juste nécessaire pour se faire désirer par l’auditoire. Victor Bailey entame ce concert par une longue introduction solo. Et là surprise, son toucher et son style tout en rondeur changent de l’approche plus percussive très en vogue chez des bassistes tels que Marcus Miller ou Larry Graham, Graham que Bailey désigne d’ailleurs comme l’un de ses maîtres. Et puis ses musiciens se joignent à lui pour entamer un « Goose Bumps » de folie de presque un quart d’heure. Et là, deuxième réflexion métaphysique de la soirée : « Whaouahhh !!! comment y a t-il encore des funkateers pour penser que le jazz-funk c’est pas vraiment du funk ???». Les morceaux interprétés sont quasiment tous extraits des deux albums solos de Bailey, « Low Blow » (1999) et « That’s Right ! » (2001).
Dans le désordre nous avons droit à « Low Blow », « Steamy », un morceau écrit par Bennie Maupin, où le saxophoniste entre dans une semi-transe tellement sa concentration semble intense. Bailey s’essaye même joliment au chant sur une chanson-hommage à Jaco Pastorius intitulée « I know who he was ». Le premier set se termine sur le très musculeux « Nothing but Net ». A ce moment de pur plaisir me vient une troisième pensée profonde qui résume à merveille mon sentiment : « Je kiffe grave !!! »
Le second set se déroule comme le premier, c’est high energy ! Poogie Bell est dans une forme éblouissante et cette formation réduite et équilibrée lui sied à merveille. Il dispose en effet de tout le champ nécessaire pour s’exprimer pleinement. Le Sieur Poogie donne une leçon de batterie à un New Morning qui en redemande [Pour ceux que cela intéresse, Bell est l’auteur d’un album constitué de boucles de batterie à l’intention des Rappeurs, Deejays et autres bricoleurs de sons…, son nom « Street Beats »]. De son côté Bennie Maupin semble « habité », son sax en prise directe sur la tempête de cerveau qui l’agite.
Parmi les morceaux choisis, on retiendra « Diana » de Jim Beard en la mémoire d’une princesse bien connue, « Sweet Tooth », et « Joey », thème écrit par Bailey pour un cousin tué par balle lors d’un cambriolage. Ce très très bon concert s’est achévé sur un seul rappel , composé d’une seule chanson, interprétée par un seul musicien. Mais peut-être devrais-je dire un rappel unique, composé d’une chanson unique, interprétée par un musicien unique : « Birdland » de Weather Report, interprété par Victor Bailey seul en scène. Ecoutez ! décrire la performance incroyable de ce bassiste sur ce morceau génial serait bien difficile. Le fait est qu’on en a pris plein la tête et que, me concernant, cela restera l’un de mes meilleurs souvenirs de concerts. Chapeau bas, l’artiste !


[Pour les amateurs de P-Funk, je vous renvoie à l’album « Thats Right ! » où Bailey propose une surprenante version jazz-rock de « Knee Deep / One nation » de Funkadelic…]